Penser en mouvement

Penser en mouvement

Le mouvement est un soutien à la pensée… le mouvement, mais pas l’agitation.  Ainsi, lorsqu’il se fait voyage, le mouvement devient une invitation à fréquenter l’incertitude et à conserver intact l’exercice de la raison lorsque surgissent l’imprévu et, avec lui, les fantômes de la peur, de l’intolérance et de la haine de l’inconnu. Paris-Bordeaux en 2h03 minutes avec des pointes à 315 km/h (dans les nouvelles rames, le chiffre s’affiche en temps réel sur l’écran du compartiment) ; Montaigne à cheval n’aurait pas rêvé mieux. Aujourd’hui n’est ni pire ni meilleur qu’hier… la Postmodernité et la Renaissance sont différentes et mêmes à la fois. Hier à cheval, aujourd’hui en TGV ; l’un comme l’autre, l’animal et la machine, servent de moyen de transport au même titre que la lecture et l’écriture, qu’elles soient savantes, romanesques, journalistiques ou bien poétiques. Tout comme hier Montaigne lisait en selle,  ce vendredi 2 mars à même la tablette  la lecture du supplément Le Monde des Livres permet de voyager à travers l’idée de Nation, par le dialogue entre un historien et un romancier, et de partager les réflexions d’Hélène Cixous, que nous connaissions déjà pour ses fréquentations du philosophe Jacques Derrida et de la créatrice et metteur en scène Ariane Mnouchkine. Au penseur itinérant, l’habitacle offre désormais un confort de travail permettant au stylo de suivre le fil de la pensée à la vitesse d’un défilé de paysages.

Alors, au fil de l’avancée, dans la marge du texte imprimé et parfois même en surimpression, s’inscrivent les remarques par lesquelles je salue avec beaucoup d’estime les directions d’établissement ou de service qui ouvrent leur porte à l’étranger de passage et laissent entrer un être certes identifié par ses savoirs mais tout de même lesté d’un rien de soupçon au regard de sa liberté de parole. Par ses propos, l’invité ne va-t-il pas rajouter aux craintes d’une équipe, ranimer des fantômes, accentuer des résistances et réactiver des freins ? L’accueil et l’hospitalité ainsi offerts ne vont-ils pas se retourner contre l’hôte lui-même ? Car ainsi va l’étranger, banalement nommé consultant alors qu’il est avant tout un regardant, sans être un voyeur, et un écoutant, sans être un violeur. Il n’y a de management participatif possible, c’est-à-dire un mode de direction souple mais non lâche, qu’à la condition expresse de lever les non-dits et de nommer les possibles. Aussi l’invitation des équipes au mouvement, voir même au voyage, devient-elle un exercice d’apprivoisement approprié chaque fois que la peur de l’inconnu pousse au repli sur soi et transforme les repères en habitudes. Par son écoute et son attention, l’invité encourage ses hôtes à marcher sur les traces de leur histoire, à renifler la piste de leur cheminement, à plonger au détour d’une parole dans les recoins parfois oubliés d’une organisation et à ressusciter des noms et des visages par le temps estompés. La mémoire une fois retrouvée et partagée, il soutient ces nouveaux compagnons de route qu’est une équipe en marche, il nourrit la confiance en leur exploration minutieuse des pratiques professionnelles et fait advenir pour eux des concepts forgés dans l’intuition de leur quotidien;  habitué qu’il est, lui par ses propres déplacements, à saisir par et dans le détail ce qui fait l’harmonie d’une structure.

One Reply to “Penser en mouvement”

  1. Tu as raison, et c’est pour cela que beaucoup de direction se privent de cet espace de paroles, de crainte que l’intervenant, le consultant, n’utilise cet instant privilégié pour au contraire garder les équipes dans leurs questionnements voir pire, conforter ce qui fait mal, conforter leurs angoisses et leurs peurs.
    Oui il faut « lever les non-dits et nommer les possibles ». Mais un tel exercice n’est pas à la portée de tout consultant. Pour cela il faut être droit dans ses bottes, intègre et humble.
    Bien connaître notre métier, savoir entendre les craintes des équipes, les appréhensions des directions, mais surtout être en capacité de dire les « choses », ces choses que nous cherchons à éluder pour éviter de se confronter à ce qui fait mal, autant aux équipes, qu’aux directions.
    Les deux parties doivent être conscientes, et accepter que forcement il va falloir bouger un peu pour avancer en harmonie…
    Merci pour l’amour que tu mets dans ces interventions, c’est ce qui fait que nous sommes en capacité d’entendre de part et d’autres…

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