Par obligation et non par contrainte

Par obligation et non par contrainte

Christ en croix – Florence (Italie)

Le philosophe Hegel est toute la semaine au programme des Chemins de la philosophie sur France culture et donc impossible, ce matin, de ne pas être à l’écoute du volet consacré à La dialectique du maître et de l’esclave. Force est de reconnaître que le résultat a largement dépassé les attentes ; et ce sans aucun doute grâce à l’intelligence et à la clarté du propos de la personne invitée, le professeur Olivier Tinland. Sa conclusion, notamment, vole comme un trait fulgurant de génie lorsque, de manière somme toute assez banale, il invite l’auditeur à savoir distinguer « la contrainte » de « l’obligation ». Une telle leçon devrait être méditée en ces temps de crise de civilisation. Car une fois dégagée de tous les malentendus générés par une lecture trop hâtive de la dialectique du maître et de l’esclave, la pensée chemine tout au cours de l’émission le long de la trace laissée par cette autre formule de Hegel selon laquelle la personne naît deux fois à elle-même : comme « étant » naturel d’abord, et comme « étant » spirituel ensuite. Dans cette perspective, le service (et non l’esclavage), ou le « se mettre au service », tient à la capacité d’intégrer l’autre au désir du soi. De sorte que la libération de soi par soi, l’accès à la seule liberté digne de ce nom, passe par la capacité de la personne à se défaire de son égoïsme et de son entêtement. Ainsi surgit au fil du discours la notion de réciprocité dont j’ai fait un repère inconditionnel de toute relation d’aide sociale, éducative et de soin dans Oser le verbe aimer en éducation spécialisée.  A cet instant, et tandis que mon oreille reste collée à France culture, ma pensée déjà vagabonde. Elle erre du côté d’un travail en cours d’accompagnement au mémoire professionnelle d’une étudiante éducatrice PJJ dont l’hypothèse tend à démontrer que, concernant la justice des mineurs, il ne peut pas y avoir un processus de réparation au service de la victime si n’est pas prise en compte la part de victime en l’auteur même des crimes ou des délits. Une thèse que vient étayer un très bel article intitulé Accompagner les mineurs auteurs dans le journal Lien Social n°1246 de cette quinzaine.  Mais, et pour recoller au son de la radio, Olivier Tinland suggère alors que l’essentiel pour Hegel est de pouvoir hisser la pensée de manière à la rendre digne du niveau de complexité de la vie. Un défi que connaissent bien les éducs au quotidien et qu’ils peuvent légitimement affronter en s’abandonnant au gai savoir, plutôt que de se replier sur le discours défensif selon lequel leur métier échappe à toute forme de conceptualisation.

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