{"id":1047,"date":"2020-03-27T12:29:50","date_gmt":"2020-03-27T11:29:50","guid":{"rendered":"http:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=1047"},"modified":"2020-03-27T12:33:55","modified_gmt":"2020-03-27T11:33:55","slug":"ce-ne-sont-pas-les-heros-qui-manquent-mais-le-sens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2020\/03\/27\/ce-ne-sont-pas-les-heros-qui-manquent-mais-le-sens\/","title":{"rendered":"Ce ne sont pas les h\u00e9ros qui manquent&#8230; mais le sens"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"http:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-monde-dapr\u00e8s-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1041\" srcset=\"https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-monde-dapr\u00e8s-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-monde-dapr\u00e8s-300x225.jpg 300w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-monde-dapr\u00e8s-768x576.jpg 768w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-monde-dapr\u00e8s-360x270.jpg 360w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Mon boulot n\u2019est pas un boulot \u00e0 la con, un boulot auquel on ne comprend rien ou qu\u2019on peut supprimer sans dommage pour la soci\u00e9t\u00e9. Au contraire. Les boulots \u00e0 la con ne servent qu\u2019\u00e0 embrouiller les gens, \u00e0 les faire consommer davantage. Moi, j\u2019\u0153uvre pour leur bien-\u00eatre. Je dois \u00eatre \u00e0 la hauteur de ne pas me laisser abattre.&nbsp;\u00bb<\/em> Celle qui tient ces propos est un personnage de fiction&nbsp;; mais comme souvent la fiction en dit bien plus long sur la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain que la plupart des ouvrages savants.&nbsp; Ainsi, Rose, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de Katherine Pancol dans son dernier roman intitul\u00e9 <em>Bed Bug<\/em>, consacre son existence \u00e0 la recherche fondamentale. Elle est une passionn\u00e9e de la vie sexuelle des insectes, sans doute parce qu\u2019elle est un miroir tendu \u00e0 la vie sexuelle de l\u2019esp\u00e8ce humaine, cette vari\u00e9t\u00e9 du vivant qui, dans son habituelle d\u00e9mesure, pense pouvoir faire de la plan\u00e8te un r\u00e9servoir \u00e0 sa disposition. Mais revenons aux propos de Rose. Soyons clair, elle n\u2019est pas l\u00e0 pour se la \u00ab&nbsp;p\u00e9ter&nbsp;\u00bb et imposer l\u2019id\u00e9e que son m\u00e9tier est meilleur ou plus indispensable qu\u2019un autre&nbsp;! Au contraire. De part les malheurs qui sont les siens et qu\u2019elle raconte \u00e0 travers son histoire, elle sait bien qu\u2019il n\u2019y a pas de boulot plus con qu\u2019un autre; except\u00e9 lorsque ce boulot est effectu\u00e9 sans conviction, dans la rouille des routines accumul\u00e9es. Elle sait, et elle le dit, la recherche fondamentale abrite elle aussi des \u00ab&nbsp;planqu\u00e9s&nbsp;\u00bb, de ces planqu\u00e9s d\u2019autant plus viraux que, situ\u00e9s haut dans la hi\u00e9rarchie, leur seule comp\u00e9tence est de s\u2019approprier les r\u00e9sultats d\u2019autrui. Alors imaginons que Rose eut \u00e0 courir au balcon pour applaudir telle ou telle cat\u00e9gorie de h\u00e9ros, elle ne le ferait pas pour glorifier telle ou telle profession mais pour encourager toutes celles et ceux qui font de leur pr\u00e9sence un sens \u00e0 \u00eatre dans leur m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019a fort bien \u00e9crit, Albert Camus, dans une autre fiction, La peste.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;&#8211; (le docteur Rieux) Vous avez raison, Rambert, tout \u00e0 fait raison\u2026 Mais il faut cependant que je vous le dise&nbsp;: il ne s\u2019agit pas d\u2019h\u00e9ro\u00efsme dans tout cela. Il s\u2019agit d\u2019honn\u00eatet\u00e9. C\u2019est une id\u00e9e qui peut faire rire, mais la seule fa\u00e7on de lutter contre la peste, c\u2019est l\u2019honn\u00eatet\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Qu\u2019est-ce que l\u2019honn\u00eatet\u00e9&nbsp;? dit Rambert, d\u2019un air soudain s\u00e9rieux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Je ne sais pas ce qu\u2019elle est en g\u00e9n\u00e9ral. Mais dans tous les cas, je sais qu\u2019elle consiste \u00e0 faire mon m\u00e9tier.&nbsp;\u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A ce stade du r\u00e9cit, les h\u00e9ros du roman <em>La peste<\/em> de Albert Camus sont dans cet \u00e9tat de fatigue qui laisse dans l\u2019esprit, dans le corps et sur les l\u00e8vres ce go\u00fbt amer d\u2019une <em>\u00ab&nbsp;patience sans avenir&nbsp;\u00bb<\/em>, comme le dit l\u2019auteur. L\u2019\u00eatre engag\u00e9 dans le combat ne sait rien de l\u2019issu de celui-ci&nbsp;; et parfois m\u00eame il tr\u00e9passe avant de la conna\u00eetre. Les v\u00e9ritables h\u00e9ros sont souvent absents le jour de la victoire. Tandis que pour tous les autres, ceux qui c\u00e9l\u00e9breront la fin heureuse dans l\u2019all\u00e9gresse comme ceux qui exorciseront leur peur par la tenue de tribunaux populaires, il faut seulement esp\u00e9rer qu\u2019ils n\u2019oublieront pas trop vite &nbsp;ni \u00ab&nbsp;<em>ce qu\u2019il avait fallu accomplir<\/em>\u2026&nbsp;\u00bb ni <em>\u00ab&nbsp;\u2026 malgr\u00e9 leurs d\u00e9chirements personnels, tous les hommes qui, ne pouvant \u00eatre des saints et refusant d\u2019admettre les fl\u00e9aux, s\u2019efforcent cependant d\u2019\u00eatre des m\u00e9decins.&nbsp;\u00bb <\/em>Les \u00e9pid\u00e9mies se succ\u00e8dent et n\u2019apprennent rien\u2026 le nombre de mort n\u2019y faisant rien. 1000, 10000, 1000000 l\u2019accumulation de z\u00e9ros ne veut plus rien dire dans une soci\u00e9t\u00e9 du spectacle.&nbsp; Et ce d\u2019autant plus que l\u2019Histoire ne donne pas de le\u00e7ons\u2026 ou alors c\u2019est que l\u2019humain ne sait pas les entendre. Sans doute parce que l\u2019humanit\u00e9 fabrique sa propre histoire au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle chemine dans l\u2019advenir de ce qui fait le meilleur d\u2019elle-m\u00eame, en d\u00e9pit du pire.<\/p>\n\n\n\n<p>A la diff\u00e9rence de la vie r\u00e9elle, les romans ont une fin et il suffit de tourner la derni\u00e8re page du bouquin pour la conna\u00eetre. Alors, sans doute y aura-t-il un apr\u00e8s \u00e0 cette pand\u00e9mie. Sans doute que le sc\u00e9nario de cet apr\u00e8s puisera aux \u00e9l\u00e9ments d\u00e9j\u00e0 connus des sc\u00e9narios ant\u00e9rieurs\u2026 avec le secret espoir qu\u2019il accueille aussi une part d\u2019impr\u00e9vu. Une part de futur qui se pr\u00e9pare d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, loin des col\u00e8res et des tumultes.<\/p>\n\n\n\n<p>Katherine Pancol, <em>Bed Bug<\/em>, \u00e9ditions Albin Michel, 2019<\/p>\n\n\n\n<p>Albert Camus, 1947, <em>La peste<\/em>, coll. Folio poche, 1995<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Mon boulot n\u2019est pas un boulot \u00e0 la con, un boulot auquel on ne comprend rien ou qu\u2019on peut supprimer sans dommage pour la soci\u00e9t\u00e9. Au contraire. Les boulots \u00e0 la con ne servent qu\u2019\u00e0 embrouiller les gens, \u00e0 les faire consommer davantage. Moi, j\u2019\u0153uvre pour leur bien-\u00eatre. 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