{"id":1065,"date":"2020-04-10T13:14:16","date_gmt":"2020-04-10T11:14:16","guid":{"rendered":"http:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=1065"},"modified":"2020-04-10T13:14:17","modified_gmt":"2020-04-10T11:14:17","slug":"fernand-deligny-la-poetique-des-autistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2020\/04\/10\/fernand-deligny-la-poetique-des-autistes\/","title":{"rendered":"Fernand Deligny, la po\u00e9tique des autistes"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/monsieur-Deligny.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1064\" width=\"246\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/monsieur-Deligny.jpg 570w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/monsieur-Deligny-220x300.jpg 220w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/monsieur-Deligny-198x270.jpg 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 246px) 100vw, 246px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le 25 mars dernier, devait sortir en salles de cin\u00e9ma un film documentaire de 1h35 intitul\u00e9 <em>Monsieur Deligny, vagabond efficace<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 par Richard Copans. Certains posts sur les r\u00e9seaux sociaux ont \u00e9voqu\u00e9 la sortie de film. De m\u00eame, dans son \u00e9dition du 25 mars, le journal <em>Lib\u00e9ration<\/em> a publi\u00e9 un article intitul\u00e9 joliment <em>Fernand Deligny, la po\u00e9tique des autistes<\/em> pour \u00e9voquer cette r\u00e9alisation\u00a0; <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"France culture (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/cinema\/regarder-le-film-monsieur-deligny-vagabond-efficace-parce-quil-faut-toujours-tenter-quelque-chose\" target=\"_blank\">France culture<\/a> a elle aussi consacr\u00e9 au film une \u00e9mission qu\u2019il est toujours possible de r\u00e9\u00e9couter. Malgr\u00e9 cela, et \u00e0 cause de la crise sanitaire actuelle, il serait extr\u00eamement dommage voire m\u00eame dommageable que le travail r\u00e9alis\u00e9 par Richard Copans passe inaper\u00e7u, et qu&rsquo;il aille s\u2019enfouir quelque part dans les territoires gris de l\u2019ignorance et de l\u2019oubli. Ce serait d&rsquo;autant plus dommageable que, d\u2019une part, ce film est une r\u00e9ussite parce qu&rsquo;il rappelle quelques d\u00e9tails du cheminement de Fernand Deligny  parfois laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9, et, d\u2019autre part, parce qu\u2019il donne \u00e0 penser l\u2019actualit\u00e9 de Fernand Deligny dans un contexte soci\u00e9tal o\u00f9 il devient urgent de recouvrer le sens des m\u00e9tiers de l\u2019humain. Alors, et pour contourner le confinement, le film est accessible aux spectateurs, non pas en salle certes, mais sur les plateformes TVOD et notamment \u00e0 partir du site de <a href=\"https:\/\/vod-store.shellac-altern.org\/vod\/monsieur-deligny-vagabond-efficace.html\">Shellac distribution<\/a>. Il en co\u00fbte 4 euros pour le louer durant 8 jours. Certes les temps sont rudes\u00a0! Pour beaucoup l\u2019argent manque. \u00a0Mais il me semble que le geste vaut la peine d\u2019\u00eatre accompli; ce serait un acte pour le moins aussi concret que d\u2019aller applaudir aux 20 heures les professionnels du soin, de l\u2019\u00e9ducation ou de la solidarit\u00e9. D\u2019autant plus que, revers du confinement (sauf pour tous les mobilis\u00e9s sur le terrain, salu\u00e9s ici au passage), il est possible de le regarder sans interruption, \u00e0 partir de chez soi, sans les bruits parasites des paquets de pop-corn et autres sonneries de portable.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entr\u00e9e dans le film se fait par le silence\u2026 8 minutes sans une prise de parole. Une mise en sc\u00e8ne qui renvoie aux propres films de Deligny et qui, forc\u00e9ment bouscule le spectateur moderne habitu\u00e9 aux bruits, aux bandes sons tonitruantes et aux exc\u00e8s de gestes et de langages. Cette entr\u00e9e en mati\u00e8re, certes d\u00e9routante, renvoie au concept de \u00ab\u00a0moindre geste\u00a0\u00bb de Deligny, qu\u2019il nous faut reprendre aujourd\u2019hui par le biais de la notion de \u00ab\u00a0petits riens\u00a0du quotidien \u00a0\u00bb ; lesquels  \u00ab\u00a0 petits riens \u00a0\u00bb  font le  \u00ab\u00a0 tout de l\u2019\u00eatre en construction\u00a0\u00bb. C\u2019est avec Fernand Deligny, d\u2019abord et avec d\u2019autres venus apr\u00e8s lui, qu\u2019il est possible de penser comment de dessous la banalit\u00e9 des actions pos\u00e9es au jour le jour surgit la complexit\u00e9 de ce qui fait l\u2019advenir d\u2019une personne \u00e0 elle-m\u00eame en tant que sujet d\u2019elle-m\u00eame. Les m\u00e9tiers de l\u2019\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e seront fragilis\u00e9s aussi longtemps que les professionnels ne parviendront pas \u00e0 s\u2019approprier le fait que ces petits riens ne sont pas rien&#8230; et qu&rsquo;ils n&rsquo;oseront pas les rendre lisibles et donc visibles par quiconque ne fait pas profession d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 un autre que soi-m\u00eame dans l&rsquo;accompagnement au grandir ou au  \u00ab\u00a0 se grandir \u00bb . Et d\u00e8s lors, un autre temps fort du film de Richard Coppans est de mettre en sc\u00e8ne et donc de mettre en valeur cette distinction fondamentale op\u00e9r\u00e9e par Deligny entre \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0agir\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb est du c\u00f4t\u00e9 du machinement des organisations\u00a0; l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0agir\u00a0\u00bb est du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019institution du sujet. Le faire est du c\u00f4t\u00e9 de tous les r\u00e9f\u00e9rentiels, les protocoles, les labels et autres actions accaparant le temps et l\u2019\u00e9nergie des professionnels dans une production vide de sens. L\u2019agir est du c\u00f4t\u00e9 du voir et de l\u2019entendre\u00a0; du voir et de l\u2019entendre au-del\u00e0 de ce qui se donne \u00e0 voir et \u00e0 entendre la mise en sc\u00e8ne des sympt\u00f4mes de sorte \u00e0 pouvoir acc\u00e9der au possible de la personne. <\/p>\n\n\n\n<p>Accueillir Fernand Deligny aujourd\u2019hui n\u2019est pas une d\u00e9marche facile. D\u2019abord parce que, depuis une bonne trentaine d\u2019ann\u00e9es, une clique de m\u00e9diocrates a donn\u00e9 \u00e0 croire que l\u2019homme et son \u0153uvre appartenaient au pass\u00e9 et que seuls quelques dinosaures attard\u00e9s pouvaient encore trouver du sens \u00e0 cette forme d\u2019engagement et d\u2019enseignement. Ensuite, parce que le pass\u00e9 ne se d\u00e9calque jamais sur le pr\u00e9sent\u00a0; l\u2019\u0153uvre de Deligny r\u00e9clame une approche \u00e0 la fois critique et libre de sorte \u00e0 ne pas faire de la posture du professionnel d\u2019hier une imposture du professionnel d\u2019aujourd\u2019hui. En clair, l\u2019oeuvre de Deligny n\u2019est pas transposable telle quelle. Et pour le coup, vient percuter le spectateur et forc\u00e9ment le questionner ce passage o\u00f9 Richard Copans rapporte comment Fernand Deligny refuse l\u2019offre faite par Simone Veil, alors ministre de la sant\u00e9, d\u2019accorder une subvention au projet exp\u00e9rimental men\u00e9 \u00e0 Monoblet. Il y a dans ce geste quelque chose d\u2019incompr\u00e9hensible pour des temps modernes tellement obnubil\u00e9s par la question des financements, des agr\u00e9ments, des contrats, des conventions, etc. Non pas qu&rsquo;il faille sous-estimer l&rsquo;importance de l&rsquo;\u00e9conomie et de la gestion dans tout projet humaniste. Bien au contraire! Mais n&rsquo;en jamais faire une fin (crit\u00e8re d&rsquo;efficacit\u00e9) et seulement un moyen (support d&rsquo;\u00e9valuation). Se niche au c\u0153ur de l\u2019h\u00e9ritage de Fernand Deligny, comme dans celui de Fran\u00e7ois Tosquelles ou de Lucien Bonnaf\u00e9, cette question sans cesse remise en chantier\u00a0: comment faire institution sans sombrer dans l\u2019organisation\u00a0? Comment de pas laisser la routine se replier sur les rituels\u00a0? Comment maintenir de l\u2019impr\u00e9visible sous le pr\u00e9visible\u00a0? <\/p>\n\n\n\n<p>Alors, et pour finir, il se peut qu\u2019une fois les tribunaux populaires dress\u00e9s et les coupables d\u00e9sign\u00e9s, le temps d\u2019apr\u00e8s la crise sanitaire emporte avec lui les simulacres d\u2019indignation\u2026 Il se peut, au contraire, que de la crise surgisse non une prise de conscience collective mais un regard nouveau, et suffisamment partag\u00e9 par le plus grand nombre, pour abolir cette fiction impos\u00e9e de force depuis tant d\u2019ann\u00e9es selon laquelle il n\u2019y aurait de futur possible qu\u2019en faisant table rase du pass\u00e9. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, il appartient \u00e0 chacun de faire en sorte que le travail men\u00e9 par Richard Copans ne soit pas une nostalgie\u2026 mais un r\u00eave. <\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 25 mars dernier, devait sortir en salles de cin\u00e9ma un film documentaire de 1h35 intitul\u00e9 Monsieur Deligny, vagabond efficace, r\u00e9alis\u00e9 par Richard Copans. Certains posts sur les r\u00e9seaux sociaux ont \u00e9voqu\u00e9 la sortie de film. 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