{"id":1161,"date":"2021-01-05T17:21:09","date_gmt":"2021-01-05T16:21:09","guid":{"rendered":"http:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=1161"},"modified":"2021-01-05T17:21:09","modified_gmt":"2021-01-05T16:21:09","slug":"lame-du-manager","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2021\/01\/05\/lame-du-manager\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e2me du manager"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Directions-e1609862542715.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1160\" width=\"185\" height=\"262\"\/><figcaption><strong>vertueuse introspection<\/strong>, par Justine Canonne<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Quiconque tenterait la p\u00e9rilleuse aventure de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019\u00e2me ou ne serait-ce que d\u2019en \u00e9voquer le terme dans un \u00e9crit ou dans un discours public s\u2019exposerait d\u2019embl\u00e9e \u00e0 devenir la cible de multiples railleries voire m\u00eame, par les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de ce qu\u2019il est devenu commun d\u2019appeler les \u00ab\u00a0r\u00e9seaux sociaux\u00a0\u00bb, \u00e0 subir la vindicte des plus enrag\u00e9s. A l\u2019heure o\u00f9 l\u2019inculture et la haine favorisent tous les amalgames, oser se penser une \u00e2me \u00e9quivaut tout bonnement \u00e0 se mettre en danger. En France surtout, soulignait d\u00e9j\u00e0 <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/personne\/francois-cheng\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Fran\u00e7ois Cheng (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Fran\u00e7ois Cheng<\/a>, \u00e9crivain et membre de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, dans un superbe trait\u00e9 intitul\u00e9 <em>De l\u2019\u00e2me<\/em> publi\u00e9 chez Albin Michel en 2016. <em>\u00ab\u00a0En France. Ce coin de terre cens\u00e9 \u00eatre le plus tol\u00e9rant et le plus libre, o\u00f9 il r\u00e8gne n\u00e9anmoins comme une \u00ab\u00a0terreur\u00a0\u00bb intellectuelle, visualis\u00e9e par le ricanement voltairien. Elle tente d\u2019oblit\u00e9rer, au nom de l\u2019esprit, en sa compr\u00e9hension la plus \u00e9troite, toute id\u00e9e de l\u2019\u00e2me\u2026\u00a0\u00bb<\/em> (<em>De l\u2019\u00e2me<\/em>, p.11) En France certes, et dans le champ de l\u2019action sociale et de la solidarit\u00e9 plus encore\u00a0! Comme si le d\u00e9ni de l\u2019\u00e2me, cette part incontournable de l\u2019humain de l\u2019homme, devenait le seul moyen d\u2019exorciser une longue proximit\u00e9 de la solidarit\u00e9 avec la charit\u00e9 et de solder \u00e0 bon compte l\u2019ancrage religieux de la plupart des m\u00e9tiers de l\u2019humain. Effacer l\u2019histoire pour favoriser l\u2019obscurantisme est la strat\u00e9gie d\u00e9ploy\u00e9e en ces temps de crise soci\u00e9tale, o\u00f9 \u00ab\u00a0la\u00efcit\u00e9\u00a0\u00bb se confond avec \u00ab\u00a0intol\u00e9rance\u00a0\u00bb et o\u00f9 les extr\u00eames jouent de la terreur pour imposer leurs dogmes. En ces circonstances, difficile d\u2019imaginer possible de parler de l\u2019\u00e2me. <\/p>\n\n\n\n<p>Aussi qu\u2019elle ne fut pas ma surprise, mieux encore, qu\u2019elle ne fut pas mon heureuse surprise de lire dans la page <em>Horizons<\/em> du num\u00e9ro 193 du mensuel <em><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Direction (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.directions.fr\/\" target=\"_blank\">Direction<\/a>[s]<\/em> ce propos de Philippe Gaudon, ex-directeur g\u00e9n\u00e9ral et d\u00e9sormais d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du cabinet de conseils Efects\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le travail introspectif permet de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 soi-m\u00eame ses propres \u00e9volutions\u00a0: c\u2019est une bonne gymnastique de l\u2019\u00e2me, qui emp\u00eache de s\u2019emprisonner dans la croyance d\u2019un moi immuable.\u00a0\u00bb<\/em> Voil\u00e0 une proposition qui vient renverser trente ann\u00e9es d\u2019un discours dominant imposant l\u2019id\u00e9e qu\u2019au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb libre et critique dans les options que prend toute personne responsable d\u2019elle-m\u00eame et des autres doit venir se substituer un panel de recommandations de bonnes pratiques, de proc\u00e9dures ou de protocoles, de r\u00e9f\u00e9rentiels et autres codes, r\u00e8gles ou r\u00e8glements qu\u2019\u00e9dictent de mani\u00e8re compulsive une entit\u00e9 sans identit\u00e9. Voil\u00e0 trente ann\u00e9e qu\u2019un discours dominant donne \u00e0 croire qu\u2019au \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb humain doit venir se substituer un \u00ab\u00a0sur-moi\u00a0\u00bb machinique\u00a0; exit d\u00e8s lors le temps de l\u2019introspection et de l\u2019agir en son \u00ab\u00a0\u00e2me et conscience\u00a0\u00bb pour toute une technocratie faisant du machinement des organisations le paradigme de toute forme d\u2019efficacit\u00e9 et de productivit\u00e9. Dans sa r\u00e9flexion sur \u00ab\u00a0<em>L\u2019usage des plaisirs<\/em>\u00a0\u00bb, le philosophe Michel Foucault vient rappeler que la di\u00e9t\u00e9tique (ou la ma\u00eetrise des exc\u00e8s), laquelle \u00e9tant pens\u00e9e et agie comme une technique au service d\u2019une esth\u00e9tique de l\u2019existence, ne s\u2019impose pas \u00e0 l\u2019\u00eatre de l\u2019ext\u00e9rieur, au m\u00eame titre qu\u2019une morale, mais s\u2019\u00e9labore en son int\u00e9rieur (<em>L\u2019usage des plaisirs<\/em>, p.121). Et voil\u00e0 qu\u2019un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0vertueuse introspection\u00a0\u00bb nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019essentiel de ce qu\u2019est l\u2019essence de la gouvernance (ou du management), qu\u2019elle soit direction de soi ou direction des autres\u00a0; \u00e0 savoir un accord minimal entre les valeurs, lesquelles fondent l\u2019appartenance de soi \u00e0 la communaut\u00e9 humaine, et les actes, lesquels r\u00e9gissent l\u2019organisation de cette m\u00eame communaut\u00e9 humaine. \u00a0C\u2019est \u00e0 partir de l\u2019accord des valeurs et des actes que peuvent se penser le beau et le vrai, le juste et le d\u00e9sirable\u2026 en clair, que peut se penser l\u2019\u00e2me.  <\/p>\n\n\n\n<p>Alors, comment ne pas souscrire aux propos de Jean-Claude Bernardat, ancien directeur d\u2019\u00e9tablissement public lorsqu\u2019il affirme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Dans mon activit\u00e9 de directeur, je prenais de mani\u00e8re pr\u00e9consciente chaque d\u00e9cision importante au regard de certains principes issus de mes valeurs, de mon d\u00e9veloppement personnel et professionnel \u2013 parmi lesquels le respect de l\u2019humain en toutes circonstances, la recherche du consensus plut\u00f4t que du conflit, l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral avant les int\u00e9r\u00eats particuliers<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Direction[s],<\/em> art. cit\u00e9). Aussi, et pour que la r\u00e9flexion se poursuivre, me semble-t-il bon de conclure au regard de cet article que tous les managers n\u2019ont pas vendu leur \u00e2me \u00e0 ce diable de libertarisme (n\u00e9olib\u00e9ralisme) r\u00e9gnant en ma\u00eetre sur un monde en passe d\u2019\u00eatre totalement d\u00e9r\u00e9gul\u00e9. De m\u00eame qu\u2019il me semble soudain possible de croire qu\u2019au c\u0153ur de cette crise de civilisation n\u2019ayant de cesse d\u2019\u00e9branler les structures de toutes les institutions humaines, il semble encore possible de revenir \u00e0 l\u2019\u00e2me qui les a fait na\u00eetre et qui les fait \u00eatre. <\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quiconque tenterait la p\u00e9rilleuse aventure de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019\u00e2me ou ne serait-ce que d\u2019en \u00e9voquer le terme dans un \u00e9crit ou dans un discours public s\u2019exposerait d\u2019embl\u00e9e \u00e0 devenir la cible de multiples railleries voire m\u00eame, par les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de ce qu\u2019il est devenu commun d\u2019appeler les \u00ab\u00a0r\u00e9seaux sociaux\u00a0\u00bb, \u00e0 subir la vindicte des &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2021\/01\/05\/lame-du-manager\/\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1160,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-1161","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-en-chemin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1161","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1161"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1161\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1173,"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1161\/revisions\/1173"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1160"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1161"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1161"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1161"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}