{"id":1266,"date":"2021-04-19T15:19:03","date_gmt":"2021-04-19T13:19:03","guid":{"rendered":"http:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=1266"},"modified":"2021-04-19T15:19:04","modified_gmt":"2021-04-19T13:19:04","slug":"adichats-monsieur-michel-serres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2021\/04\/19\/adichats-monsieur-michel-serres\/","title":{"rendered":"Adichats&#8230; monsieur Michel Serres"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:27% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Adichats-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1257 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p class=\"has-text-align-center\">Il na\u00eet chez le lecteur un sentiment de tristesse et de tendresse m\u00eal\u00e9es \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 il tourne la derni\u00e8re page de <em>Adichats&nbsp;!<\/em>  <\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Ce recueil de textes a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 par Vous, monsieur Michel Serres, avant votre mort mais avec l\u2019express recommandation de ne le publier qu\u2019une fois celle-ci advenue. Une derni\u00e8re volont\u00e9 qu\u2019a scrupuleusement accomplie votre \u00e9ditrice, par respect, sans doute, et par affection, plus vraisemblablement. La tristesse na\u00eet autant de la nostalgie qui court tout le long de vos textes, comme flotte un voile de brume automnale sur votre ch\u00e8re Garonne, que de la d\u00e9couverte de ce rien de col\u00e8re, propre \u00e0 votre caract\u00e8re, qui vous fait subitement d\u00e9sesp\u00e9rer de la capacit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 dominer ses pulsions mortif\u00e8res : <em>\u00ab\u00a0Enfant mal aim\u00e9, j\u2019\u00e9clatais chaque jour et par toute circonstance en violences, cris de ressentiment, explosions de col\u00e8re, batailles incessantes.\u00a0\u00bb<\/em> (p.29) Par cette r\u00e9v\u00e9lation, vous ne dites rien d\u2019autre que ce que vous nous avez patiemment appris par vos textes\u00a0;  \u00e0 savoir qu\u2019il ne sert \u00e0 rien de vouloir s\u00e9parer le Paradis de l\u2019Enfer, le Bien et le Mal, le Juste et l\u2019Injuste, le Vrai et le Faux\u2026 Que tout cela en l\u2019homme s\u2019imbrique de telle mani\u00e8re qu\u2019en chaque instant il est capable aussi bien du meilleur que du pire. Aussi, tous ceux qui de votre vivant raillaient d\u00e9j\u00e0 votre \u00ab\u00a0optimisme de combat\u00a0\u00bb, comme Vous aimiez le qualifier, trouveront ils dans les doutes exprim\u00e9s \u00e0 la veille de votre mort comme une sorte de renoncement voire comme une sorte de d\u00e9faite. N\u2019aimant ni les conflits ni les vaines disputes, vous laisseriez l\u00e0 sans doute tous ces imb\u00e9ciles et pseudo savants&#8230; le v\u00e9ritable enjeu \u00e9tant ailleurs. En effet, la question est de savoir s&rsquo;il n&rsquo;y a v\u00e9ritablement rien \u00e0 esp\u00e9rer d\u2019une esp\u00e8ce, en l\u2019occurrence humaine, d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9, et d\u00e8s lors qu&rsquo;elle est si peu apte \u00e0 naturellement retenir ses coups, elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 se d\u00e9truire, elle et son environnement avec\u00a0? Or, douter de l&rsquo;humanit\u00e9 reviendrait \u00e0 accepter votre d\u00e9faite, notre d\u00e9faite. Ce que je ne peux accepter. Je ne veux pas croire que ce soit l\u2019ombre de la mort approchant qui vous fasse d\u00e9sesp\u00e9rer de l&rsquo;homme. Je crois, au contraire, qu\u2019\u00e9tant l\u2019un des tout derniers enfants t\u00e9moins vivants de la Shoah et d\u2019Hiroshima (pp. 23-25), et que connaissant la capacit\u00e9 de l\u2019oubli \u00e0 lever les inhibitions et provoquer les r\u00e9p\u00e9titions, vous avez accentu\u00e9 le trait en signe d\u2019ultime avertissement. S\u2019en remettre \u00e0 Dieu, le moment venu, c\u2019est forc\u00e9ment douter, un peu, et se confier, beaucoup. <em>Adichats\u00a0!<\/em> Adieu donc, monsieur Michel Serres, les sillons que vous avez trac\u00e9s en nos pages et paysages (pp. 58-60), l\u2019humanisme que vous avez sem\u00e9 en nos engagements se pressent d\u2019une m\u00eame culture et se dressent d\u2019un m\u00eame style. Tristes, certes nous le sommes\u00a0; mais abattus, non pas encore\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors une immense tendresse me vient une nouvelle fois \u00e0 vous lire. A la diff\u00e9rence de Jean-Jacques Rousseau qui renonce \u00e0 former un homme pour mieux s&rsquo;atteler \u00e0 former un citoyen, j&rsquo;ai l\u2019arrogance d&rsquo;esp\u00e9rer en l\u2019homme bien plus qu\u2019en le citoyen. Pr\u00e9f\u00e9rant na\u00eff demeurer plut\u00f4t que cynique devenir. Vous dites \u00ab\u00a0(\u2026) que nul ne conna\u00eet la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019il n\u2019en fr\u00e9quente que les d\u00e9cideurs et les dominants\u00a0; que nul ne conna\u00eet rien enfin, ni des \u00eatres ni du monde, ni de la vie en somme, s\u2019il demeure et reste en haut des choses et comme \u00e0 leur commandement.\u00a0\u00bb (p. 168) Votre \u00ab\u00a0il faut avoir souffert du bas\u00a0\u00bb , pour qui veut acc\u00e9der \u00e0 la connaissance, r\u00e9sonne de ce m\u00eame accent camusien qui provoqua les f\u00e2cheries des sartriens et, avec ceux-l\u00e0, de tous ceux qui ne pensent les hommes qu&rsquo;\u00e0 travers les bouquins. Tout est dit dans <em>La Peste<\/em> quant \u00e0 la fa\u00e7on dont au quotidien se trament le sublime et l\u2019inf\u00e2me. Je veux croire que, par ces temps de crise de civilisation, l\u2019humanit\u00e9 est en capacit\u00e9 de tisser avec l\u2019espace et le temps un rapport non plus fond\u00e9 sur l\u2019avoir, la conqu\u00eate et l\u2019hubris du pouvoir, mais sur l\u2019\u00eatre, la pr\u00e9sence et la vertu de l\u2019autorit\u00e9. Dans le basculement qui s\u2019op\u00e8re, l\u00e0 sous nos yeux, j\u2019ai l\u2019arrogance de croire que les \u00e9ducateurs, parents et professionnels, sont de nouveaux convoqu\u00e9s en premi\u00e8res lignes. En eux r\u00e9sident \u00ab\u00a0la raison droite\u00a0\u00bb et \u00ab l\u2019exp\u00e9rience de la douleur humaine\u00a0\u00bb qui sont \u00ab\u00a0les deux piliers de l\u2019enseignement.\u00a0\u00bb (p.170) Vous rappelez, dans ces derniers textes, comment Vous et vos a\u00efeux \u00e9tiez des \u00ab\u00a0dragueurs\u00a0\u00bb, avant que le mot ne vienne d\u00e9signer un personnage ivre de ses conqu\u00eate et que, le sens noble du terme s&rsquo;effa\u00e7ant derri\u00e8re le vulgaire, le m\u00e9tier disparaisse. J\u2019ai le sentiment qu\u2019il nous advient la m\u00eame chose \u00e0 nous, \u00e9ducateurs. Nos \u00ab\u00a0petits riens du quotidien\u00a0\u00bb \u00e0 partir desquels se forge le tout de l\u2019\u00eatre \u00e0 na\u00eetre sont un peu comme le \u00ab\u00a0grave\u00a0\u00bb sorti du lit de votre Garonne, sur lequel pousse la vigne et avec lequel se fabrique le b\u00e9ton. Par le labeur r\u00e9p\u00e9t\u00e9 jour apr\u00e8s jour, par la sueur ignor\u00e9e des experts en leur cabinet, par l\u2019art de nos m\u00e9tiers h\u00e9rit\u00e9s des p\u00e8res et consolid\u00e9s par les pairs se construisent des communaut\u00e9s de sens et de partage. La v\u00f4tre, celle des dragueurs, s\u2019est dissoute dans le progr\u00e8s des technologies\u00a0; la n\u00f4tre, celle des \u00e9ducateurs, est somm\u00e9e de se fondre dans le travail social. Que les \u00ab\u00a0dominateurs\u00a0\u00bb veuillent nous faire \u00ab\u00a0crier gr\u00e2ce\u00a0\u00bb, nous l\u2019entendons\u00a0! Qu\u2019ils y parviennent, rien n\u2019est moins s\u00fbr. D\u00e8s lors que \u00ab\u00a0 (\u2026) nous red\u00e9couvrons des \u00eatres et du temps la contingence et la fragilit\u00e9. Leur beaut\u00e9 s\u2019\u00e9claire des derniers feux de la torche que nous transmettons de corps en corps, depuis la fondation de la p\u00e9dagogie fragile [j\u2019aimerais stopper l\u00e0 la citation, sur \u00ab\u00a0p\u00e9dagogie fragile\u00a0\u00bb] qui fera de nos enfants les hommes, raisonnables, pacifiques et sereins que nous devons, encore, devenir.\u00a0\u00bb (p.174) Des hommes\u2026 dites Vous.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voil\u00e0 \u00e0 quelques petites semaines du deuxi\u00e8me anniversaire de votre mort, monsieur Michel Serres, et il me semblait comme essentiel de Vous dire notre affection encore. Comme Vous, le p\u00e8re de Petite Poucette, nous ne doutons pas du Progr\u00e8s mais comme Vous nous redoutons parfois ce qu\u2019en font les hommes. Puisque, \u00ab\u00a0celui qui sort de la matrice est forc\u00e9ment m\u00e9tisse\u00a0!\u00a0\u00bb, dites Vous (p.194) A la fois bien et mal, pass\u00e9 et avenir emm\u00eal\u00e9s. \u00a0Alors, <em>Adichats\u00a0!<\/em>, monsieur Michel Serres, nous poursuivons ici-bas le r\u00eave que vous nous avez appris \u00e0 aimer\u00a0: non pas avoir le temps mais \u00eatre le temps. \u00catre le temps\u2026 jusqu\u2019\u00e0 nous revoir.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il na\u00eet chez le lecteur un sentiment de tristesse et de tendresse m\u00eal\u00e9es \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 il tourne la derni\u00e8re page de Adichats&nbsp;! Ce recueil de textes a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 par Vous, monsieur Michel Serres, avant votre mort mais avec l\u2019express recommandation de ne le publier qu\u2019une fois celle-ci advenue. 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