{"id":1296,"date":"2021-04-29T18:09:34","date_gmt":"2021-04-29T16:09:34","guid":{"rendered":"http:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=1296"},"modified":"2021-04-29T18:09:34","modified_gmt":"2021-04-29T16:09:34","slug":"jean-cartry-ou-lamour-du-metier-deduc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2021\/04\/29\/jean-cartry-ou-lamour-du-metier-deduc\/","title":{"rendered":"Jean Cartry&#8230; ou l&rsquo;amour du m\u00e9tier d&rsquo;\u00e9duc."},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:40% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Jean-Cartry-Cahier-du-soir-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1294 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p class=\"has-small-font-size\">Il y a trois ans jour pour jour, le 29 avril, d\u00e9c\u00e9dait Jean Cartry. Je connaissais tr\u00e8s bien l\u2019homme sans pour autant le fr\u00e9quenter sinon par le biais de nos chroniques, \u00e0 l\u2019\u00e9poque hebdomadaires, et donc par le biais de ce rendez-vous \u00e9ditorial imagin\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9miurgique par Andr\u00e9 Jonis, fondateur et longtemps directeur du journal <em>Lien Social<\/em>.\u00a0<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Et \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il fallut bien l\u2019enti\u00e8re conviction de ce g\u00e9nial fondateur pour me convaincre de renoncer \u00e0 la page enti\u00e8re, qu&rsquo;il m&rsquo;accordait jusque-l\u00e0, pour c\u00e9der un peu de place \u00e0 la chronique de Jean. C\u2019est donc ainsi que nous f\u00fbmes amen\u00e9s \u00e0 cheminer ensemble, lui et moi, sur la m\u00eame page et sous nos deux pseudo respectifs, Servin\/ Bargane, et c&rsquo;est ainsi que la conceptualisation de nos deux v\u00e9cus d\u2019\u00e9duc, \u00e0 la fois semblables et diff\u00e9rents, furent, durant plus d\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, couch\u00e9es de concert sur le papier. Il est des c\u00f4te-\u00e0-c\u00f4te qui, m\u00eame entretenus \u00e0 distance, finissent par cr\u00e9er une certaine intimit\u00e9. Et si au commencement, je dus mettre mon \u00e9go de c\u00f4t\u00e9 pour accepter le nouveau venu, combien demeurent inoubliables, aujourd\u2019hui encore, ces appels t\u00e9l\u00e9phoniques de lendemain de r\u00e9ception d\u2019un num\u00e9ro alors que lui et moi, et sans rien avoir communiqu\u00e9 en amont quant aux contenus de nos chroniques, nous d\u00e9couvrions \u00e0 la lecture \u00e0 quel point nous partagions la m\u00eame conception de notre m\u00e9tier. Il ne fallait pas \u00eatre grand clerc pour d\u00e9couvrir derri\u00e8re l\u2019alignement des mots une commune appartenance \u00e0 cet humanisme fondateur de l\u2019\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e. \u00a0Oui, je dis bien humanisme! M\u00eame si, \u00e0 l\u2019heure du grand machinement des hommes et des institutions, le mot peut paraitre d\u00e9suet ou d\u2019un autre \u00e2ge. De fait, combien de fois ne nous fut-il par jet\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0gueule\u00a0\u00bb comme \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 la preuve de notre ind\u00e9crottable na\u00efvet\u00e9\u00a0? Celle de dinosaures appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre de par les lois de l\u2019\u00e9volution sociale \u00e0 d\u00e9faut de celles du progr\u00e8s! Mais rien, pas m\u00eame la mort qui l\u2019a rattrap\u00e9 ou pas m\u00eame la lassitude qui parfois aujourd\u2019hui me guette, n\u2019aurait pu ou ne pourrait nous faire renoncer \u00e0 cette \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 pour autrui\u00a0\u00bb qui fait l\u2019humain de l\u2019homme. Ces jets de mots hebdomadaires, accumul\u00e9s \u00e0 force d\u2019exp\u00e9riences quotidiennes et de lectures assidues, finirent par accoucher de quelques ouvrages. Faut-il rappeler que Jean Cartry est le sublime auteur d\u2019un <em>Cahier du soir d\u2019un \u00e9ducateur<\/em>, de <em>Petite chronique d\u2019une famille d\u2019accueil<\/em>, ou bien encore de <em>Les parents symboliques<\/em>. \u00a0Et si ces ouvrages font encore r\u00e9f\u00e9rences, ce n\u2019est pas en raison d\u2019une gloire illusoire mais parce que, par temps d\u2019obscurantisme et de fatigue intellectuelle, ils servent de point de rep\u00e8re \u00e0 ceux qui de l\u2019homme jamais ne d\u00e9sesp\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">De son vivant, Jean avait vu venir les heures sombres que vivent aujourd\u2019hui les m\u00e9tiers de l\u2019humain, ceux de soin, de l\u2019\u00e9ducation et de la solidarit\u00e9. Il avait conscience du foss\u00e9 qui ne cessait de se creuser entre, d\u2019une part, la commande r\u00e9gissant les politiques sociales et, d\u2019autre part, les valeurs d\u2019engagement des professionnels. Il ex\u00e9crait ce cynisme qui fait pr\u00e9f\u00e9rer la fin aux d\u00e9pends des moyens\u00a0; il vouait aux g\u00e9monies ce cynisme politicien et technocratique qui renie l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans son jeu des ressemblances et des diff\u00e9rences d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9valuer les seuls r\u00e9sultats objectivables. Il n\u2019\u00e9tait nullement dupe des d\u00e9rives mortif\u00e8res agies par les politiciens de gauche comme de droite avec la complicit\u00e9 de quelques hauts responsables de l\u2019action sociale. Et si sur la fin de sa pr\u00e9sence au monde, les doutes quant au devenir de l\u2019humain venaient parfois le saisir, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils sont venus saper l\u2019optimisme d\u2019un Michel Serres, c\u2019est, j\u2019en suis certain, parce qu\u2019il est difficile, lorsque la mort approche, de s\u2019en remettre \u00e0 d\u2019autres pour porter encore et encore cette lourde responsabilit\u00e9 d\u2019aimer ce qui fait l\u2019humain de l\u2019homme\u00a0; \u00e0 savoir sa contingence, en lieu et place d\u2019une illusoire toute-puissance, son impr\u00e9visibilit\u00e9, en lieu et place des d\u00e9sormais sacro saints algorithmes qui machinent les relations, et sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, en lieu et place de cet homme augment\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une mortelle immortalit\u00e9. Jean aimait le m\u00e9tier d\u2019\u00e9duc, autant qu\u2019il aimait les siens. \u00c7a ne l\u2019emp\u00eachait pas de r\u00e2ler souvent et de se mettre en col\u00e8re parfois\u2026 mais sans jamais renoncer \u00e0 faire le premier pas d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agissait de poursuivre le dialogue. \u00a0Alors, et par-del\u00e0 son d\u00e9sormais silence, \u00e0 lui le dernier mot\u00a0: <em>\u00ab\u00a0\u2026 ce cahier est donc un cahier du soir. Il est \u00e9crit comme, \u00e0 la fin d\u2019une journ\u00e9e de travail, on vide en rentrant chez soi un gros sac de fatigue et d\u2019\u00e9motions. Trier tous ces mots tendres, \u00e9mus, col\u00e9reux, angoiss\u00e9s, coupables, heureux, d\u00e9sordonn\u00e9s, c\u2019est essayer de mettre ces mots en ordre de parole, et puis les mettre en route vers un lecteur inconnu et multiple au gr\u00e9 du transfert qui marque toutes les rencontres humaines, au risque de l\u2019interpr\u00e9tation suscit\u00e9e par toute lecture. De nombreux passages de ce cahier ont \u00e9t\u00e9 condens\u00e9s en chroniques hebdomadaires tr\u00e8s courtes, trop courtes, dans un journal professionnel (Lien Social) et qui se trouvent ici comme lib\u00e9r\u00e9es, dilat\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la r\u00eaverie.\u00a0\u00bb<\/em> (Cahier du soir d\u2019un \u00e9ducateur, pp XI-XII)<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a trois ans jour pour jour, le 29 avril, d\u00e9c\u00e9dait Jean Cartry. 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