{"id":2192,"date":"2023-06-30T17:45:29","date_gmt":"2023-06-30T15:45:29","guid":{"rendered":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=2192"},"modified":"2023-06-30T17:45:31","modified_gmt":"2023-06-30T15:45:31","slug":"matrices-ou-la-marchandisation-du-corps-feminin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2023\/06\/30\/matrices-ou-la-marchandisation-du-corps-feminin\/","title":{"rendered":"Matrices\u2026 ou la marchandisation du corps f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:27% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"180\" height=\"300\" src=\"https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/matrices-scaled-e1688137382249-180x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2191 size-medium\" srcset=\"https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/matrices-scaled-e1688137382249-180x300.jpg 180w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/matrices-scaled-e1688137382249-162x270.jpg 162w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/matrices-scaled-e1688137382249.jpg 569w\" sizes=\"auto, (max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p class=\"has-small-font-size\">Un trafic ill\u00e9gal de m\u00e8res porteuses entre le Kenya et la r\u00e9gion tarbaise&nbsp;? Une telle monstruosit\u00e9 semble d\u2019\u00e9vidence improbable \u00e0 Garnier, commandant de la Brigade de recherche de la gendarmerie de Tarbes. Et pourtant, en qualifiant l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019 \u00ab&nbsp;improbable&nbsp;\u00bb, sa remarque exprime le refus de c\u00e9der au confort de la raison et de se retrancher derri\u00e8re les jugements binaires, tel que vrai ou faux, r\u00e9el ou imaginaire, qui organisent la pens\u00e9e des sciences exactes&nbsp;; de fait, il assume se coltiner la complexit\u00e9 de l\u2019humain. Car son m\u00e9tier lui a appris \u00e0 envisager l\u2019homme dans sa capacit\u00e9 \u00e0 produire le meilleur comme le pire. Et c\u2019est bien la raison pour laquelle, au terme de l\u2019entrevue, il laisse la gendarme Caumont, responsable de l\u2019enqu\u00eate sur la mort violente par accident d\u2019une jeune femme enceinte, suivre son hypoth\u00e8se en investiguant de sorte \u00e0 glaner l\u2019ensemble des indices \u00e0 l\u2019appui de celle-ci jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obtention de la preuve (pp.113 \u00e0 116). Le lecteur est plong\u00e9 l\u00e0 au c\u0153ur de <em>Matrices<\/em>, le dernier roman de C\u00e9cile Denjean (1).<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">De tout temps la litt\u00e9rature s\u2019est saisie, avec toute la force que lui conf\u00e8re la puissance des mots, de ce qui fait l\u2019intime de l\u2019\u00eatre humain pour en r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 la fois les aspects les plus sombres et les plus lumineux. En toute logique, le \u00ab&nbsp;polar&nbsp;\u00bb est le genre litt\u00e9raire qui, par excellence, plonge dans les bas-fonds des cit\u00e9s et de leurs civilisations non pas seulement pour traquer les \u00ab&nbsp;monstres&nbsp;\u00bb ou les pervers, ni m\u00eame les criminels,&nbsp;mais pour diss\u00e9quer les m\u00e9canismes de l\u2019emprise et de la manipulation pouvant conduire les plus vuln\u00e9rables jusqu\u2019aux portes de l\u2019enfer. C\u2019est ainsi que C\u00e9cile Denjean se saisit de ces pratiques bien r\u00e9elles que recouvre la Gestation pour autrui (GPA), interdite dans certains pays telle que la France mais autoris\u00e9es dans d\u2019autres, pour bousculer \u00e0 la fois le cynisme des politiques et l\u2019avidit\u00e9 sans scrupule de leurs bras arm\u00e9s que constituent la communaut\u00e9 des riches et des puissants de ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab&nbsp;<em>Elle poussa la porte et d\u00e9boucha dans le sas d\u2019accueil o\u00f9 l\u2019attendait la responsable du CHRS, une d\u00e9nomm\u00e9e Annie Gabarre. La quarantaine dynamique, les cheveux courts et noir corbeau, v\u00eatue d\u2019un jean fatigu\u00e9, d\u2019un pull en laine, et chauss\u00e9e de Dr. Martens hors d\u2019\u00e2ge, Annie Gabarre collait en tout point \u00e0 l\u2019image que la gendarme se faisait du travailleur social.<\/em>&nbsp;\u00bb (p.193) Les clich\u00e9s ont la vie dure, y compris en litt\u00e9rature. A vrai dire, celui-ci est pleinement assum\u00e9 puisque l\u2019auteure avant que d\u2019\u00eatre une \u00e9crivaine de polars a \u00e9t\u00e9 \u00e9ducatrice sp\u00e9cialis\u00e9e. Son \u00e9criture, loin de r\u00e9duire ses personnages \u00e0 leur para\u00eetre, est dense d\u2019une affection singuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un m\u00e9tier pour une fois approch\u00e9 sans commis\u00e9ration, voire reconnu pour son utilit\u00e9 et son expertise (au sens noble du terme). Aussi, la gendarme veille-t-elle \u00e0 ne pas heurter la sensibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9quipe sur laquelle elle sait pouvoir s\u2019appuyer en raison de sa proximit\u00e9 avec le peuple de l\u2019interlope, avec les personnes jet\u00e9es dans l\u2019errance ou la prostitution et, plus largement encore, avec tous les ab\u00eem\u00e9s de l\u2019existence. Une population \u00e0 l\u2019ampleur sous-estim\u00e9e, comme le r\u00e9v\u00e8lera le r\u00e9cit de C\u00e9cile Denjean, d\u00e8s lors que la mort accidentelle de la jeune femme et de son f\u0153tus pr\u00e9cipite le retour de son propre pass\u00e9 refoul\u00e9 dans le pr\u00e9sent de la gendarme. Si un ou une auteure de polar se caract\u00e9rise par son style, sa cr\u00e9dibilit\u00e9 tient aussi \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019ambiance dans lequel elle ou il ench\u00e2sse son sc\u00e9nario. La violence et la ruse sont les ingr\u00e9dients incontournables du polar&nbsp;; plus subtils \u00e0 restituer sont les m\u00e9canismes de l\u2019emprise par lesquels la victime consent \u00e0 son bourreau. Au point de rendre cr\u00e9dible cet insupportable oxymore qu\u2019est le \u00ab&nbsp;consentement contraint&nbsp;\u00bb (2). Et c\u2019est l\u00e0 sans doute que C\u00e9cile Denjean manifeste sa singularit\u00e9&nbsp;; la mani\u00e8re avec laquelle, connaissant les m\u00e9tiers de l\u2019humain, elle parvient \u00e0 ce que la non-toute-puissance ne soit pas pour autant un aveu d\u2019impuissance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est en \u00e9coutant <em>France Culture<\/em>, une \u00e9mission consacr\u00e9e aux auteures dans le monde du polar, et notamment au mouvement <em>Les louves du polar<\/em> que j\u2019ai d\u00e9couvert l\u2019existence de C\u00e9cile Denjean. Bien que <em>Matrices<\/em> soit son septi\u00e8me roman&nbsp;! Il y a l\u00e0, je crois un univers et une \u00e9criture qui peuvent \u00eatre utiles aux professionnels de l\u2019\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e. Dans le travail qui est actuellement le mien consacr\u00e9e \u00e0 la langue des \u00e9ducs et au fondement \u00e9pist\u00e9mologique de l\u2019\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e, j\u2019y trouve illustr\u00e9s les arguments d\u2019une \u00e9pist\u00e9mologie fond\u00e9e sur une \u00ab&nbsp;logique des co\u00efncidences&nbsp;\u00bb, comme alternative \u00e0 la relation de cause \u00e0 effet, d&rsquo;une part, et, d&rsquo;autre part, adoss\u00e9e \u00e0 ces cat\u00e9gories non binaires que constitue l\u2019ensemble des mots d\u00e9riv\u00e9s d\u2019un verbe auquel est adjoint un suffixe en \u00ab&nbsp;able&nbsp;\u00bb&nbsp;: envisageable, probable, supportable, impensable, etc. Sans g\u00e2cher le plaisir de la lecture, j\u2019en d\u00e9tecte plus d\u2019une douzaine en moins d\u2019une centaine de pages consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9laboration et \u00e0 la confrontation des hypoth\u00e8ses susceptible de comprendre les \u00ab\u00a0faits\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir la mort violente d\u2019une femme en ceinte sur une d\u00e9partementale un soir de temp\u00eate. Or, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 il est accol\u00e9 \u00e0 sa racine, le suffixe en \u00ab&nbsp;able&nbsp;\u00bb vient dire le possible \u00e0 d\u00e9faut du certain. L\u00e0 o\u00f9 la rationalit\u00e9 fige le r\u00e9el avec certitude, la consid\u00e9ration de ce qui fait l\u2019humain de l\u2019homme contraint \u00e0 maintenir du mouvement et de l\u2019instable. C\u2019est l\u00e0 tout l\u2019enjeu des m\u00e9tiers de l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) C\u00e9cile Denjean, <em>Matrices, prisonni\u00e8res jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles donnent la vie<\/em>, coll. Pocket, \u00e9ditions Marabout, 2022<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Denis Salas l\u2019\u00e9voque dans son tout nouvel essai <em>Le d\u00e9ni du viol, Essai de justice narrative<\/em> aux \u00e9ditions Michalon. Mais j\u2019y reviendrai<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un trafic ill\u00e9gal de m\u00e8res porteuses entre le Kenya et la r\u00e9gion tarbaise&nbsp;? Une telle monstruosit\u00e9 semble d\u2019\u00e9vidence improbable \u00e0 Garnier, commandant de la Brigade de recherche de la gendarmerie de Tarbes. 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