{"id":333,"date":"2017-11-02T12:24:30","date_gmt":"2017-11-02T11:24:30","guid":{"rendered":"http:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=333"},"modified":"2017-11-02T12:30:12","modified_gmt":"2017-11-02T11:30:12","slug":"quand-lart-de-perdre-devient-lart-de-gagner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2017\/11\/02\/quand-lart-de-perdre-devient-lart-de-gagner\/","title":{"rendered":"Quand l&rsquo;art de perdre devient l&rsquo;art de gagner"},"content":{"rendered":"<p><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-335 alignleft\" src=\"http:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/20171024_112414-e1509621389422-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" \/>L\u2019art de perdre<\/em>, le roman d\u2019Alice Zeniter pour l\u2019heure retenu parmi les quatre laur\u00e9ats au prix Goncourt, est sans aucun doute l\u2019un des livres les plus impressionnants qu\u2019il m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de lire ces derniers temps. Sans doute parce que, mon histoire personnelle \u00e9tant de la m\u00eame mani\u00e8re que celle de l\u2019auteure hant\u00e9e par la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, le style parfaitement limpide de l\u2019ouvrage emporte ma lecture et ma raison bien au-del\u00e0 des seuls mots \u00e9crits. De 1958 \u00e0 1962, mes parents et mes deux fr\u00e8res r\u00e9sidons dans la banlieue d\u2019Alger et, en avril 1962, nous prenons l\u2019un des avions en partance car ma maman est alors enceinte de ma petite s\u0153ur. Alors, et m\u00eame si nos deux sorts ne sont pas comparables, \u00e9tant moi fils de militaire et Alice Zeniter petite fille de Harki, de toute \u00e9vidence les effets de cette sale guerre conservent, malgr\u00e9 le temps qui passe, le m\u00eame pouvoir corrosif sur la filiation et la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Toutefois, et sans vouloir sous-estimer l\u2019injustice et donc la faute morale commises \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Harkis, il me semble que la puissance de cet ouvrage se situe bien au-del\u00e0 de l\u2019histoire qu\u2019elle raconte. Ce qui me fascine c\u2019est la pr\u00e9cision avec laquelle Alice Zeniter reconstitue le portrait moral et physique de ses personnages \u00e0 partir des choix d\u00e9cisifs qu\u2019ils font. Au commencement, donc, est ce grand-p\u00e8re dont la petite fille et narratrice ne sait rien parce que ce dernier est rest\u00e9 muet sur son histoire et ses drames\u00a0; mais lequel grand-p\u00e8re, au moment du choix, s\u2019est selon sa conscience prononc\u00e9 pour le moins pire, \u00e0 savoir sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la France plut\u00f4t que son ralliement au FLN. Un choix qui, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 il est retenu, l\u2019emmure, lui et sa descendance, non pas dans le doute et la honte mais dans le silence qui d\u2019abord pr\u00e9c\u00e8de et qui ensuite succ\u00e8de \u00e0 tout cataclysme. Suit le choix du p\u00e8re, fils donc de ce grand p\u00e8re, qui \u00e0 son tour et \u00e0 l\u2019encontre des principes de son milieu \u00e9pouse une femme fran\u00e7aise de souche et se hisse \u00e0 un statut de fonctionnaire. Un choix qui, d\u00e8s l\u2019instant de son acquiescement, l\u2019emmure lui aussi non pas dans un sentiment de trahison mais dans cette forme de distance cr\u00e9\u00e9e par toute s\u00e9paration ayant une haute valeur symbolique. Enfin, cette petite fille et fille qui, la premi\u00e8re parmi tous les siens, retourne vers la terre interdite et retrouve physiquement le berceau familial, avec non pas le sentiment de recoller \u00e0 une filiation mais celui d\u2019accueillir en elle l\u2019inspiration indispensable \u00e0 toute survie.<\/p>\n<p>Ainsi, dans l\u2019ombre de l\u2019histoire racont\u00e9e par Alice Zeniter, s\u2019esquissent les r\u00e9cits concernant la mani\u00e8re propre \u00e0 chaque \u00eatre de prendre sa place dans une trajectoire familiale. Une telle d\u00e9marche requiert une certaine ma\u00eetrise du contre-pied d\u00e8s lors qu\u2019une d\u00e9cision s\u2019inscrit \u00e0 contre-courant d\u2019un environnement et de ses \u00e9vidences. \u00a0C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que se forge le libre arbitre et le courage de s\u2019assumer en tant que personne libre. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, l\u2019art de perdre devient l\u2019art de gagner.<\/p>\n<p>Alice Zeniter, <em>L&rsquo;art de perdre<\/em>, \u00e9ditions Flammarion<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019art de perdre, le roman d\u2019Alice Zeniter pour l\u2019heure retenu parmi les quatre laur\u00e9ats au prix Goncourt, est sans aucun doute l\u2019un des livres les plus impressionnants qu\u2019il m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de lire ces derniers temps. 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