{"id":522,"date":"2018-09-17T09:54:28","date_gmt":"2018-09-17T07:54:28","guid":{"rendered":"http:\/\/philippe-gaberan.com\/?p=522"},"modified":"2018-09-19T08:35:07","modified_gmt":"2018-09-19T06:35:07","slug":"les-metiers-de-lhumain-par-temps-de-crise-de-civilisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippe-gaberan.com\/index.php\/2018\/09\/17\/les-metiers-de-lhumain-par-temps-de-crise-de-civilisation\/","title":{"rendered":"Les m\u00e9tiers de l\u2019humain par temps de crise de civilisation"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-524 alignleft\" src=\"http:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/lamphith\u00e9\u00e2tre-e1537170049395-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/lamphith\u00e9\u00e2tre-e1537170049395-225x300.jpg 225w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/lamphith\u00e9\u00e2tre-e1537170049395-768x1024.jpg 768w, https:\/\/philippe-gaberan.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/lamphith\u00e9\u00e2tre-e1537170049395-203x270.jpg 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>Ce jeudi 13 septembre, \u00e0 la demande de Dimitri Anzules et d\u2019Olivier Tejerina, j\u2019\u00e9tais invit\u00e9 \u00e0 la HES-SO de Gen\u00e8ve dans le cadre d\u2019une conf\u00e9rence de cl\u00f4ture de la formation 2018 des f<a href=\"https:\/\/www.hes-so.ch\/fr\/hes-so-praticienne-formatrice-praticien-318.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ormateurs et formatrices de terrain aux m\u00e9tiers de la sant\u00e9 et du travail social<\/a>. Il \u00e9tait convenu que je traite la question\u00a0de \u00ab\u00a0que faut-il transmettre des professions et des m\u00e9tiers de l\u2019humain dans un contexte de crise de civilisation\u00a0?\u00a0\u00bb Un travail pr\u00e9paratoire m\u2019ayant permis de retenir pour cette intervention quatre objectifs en forme de comp\u00e9tence \u00e0 acqu\u00e9rir\u00a0: apprendre \u00e0 distinguer \u00ab\u00a0profession\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0m\u00e9tier\u00a0\u00bb, comprendre ce qu\u2019est cette crise de civilisation dont nous sommes \u00e0 la fois t\u00e9moins et acteurs, apprivoiser ce paradoxe selon lequel \u00ab\u00a0tout bouge dans les professions et rien ne bouge dans les m\u00e9tiers\u00a0\u00bb, et enfin, introduire \u00e0 un savoir prax\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Dans le pr\u00e9ambule, j\u2019ai d\u2019abord rappel\u00e9 que la \u00ab\u00a0profession\u00a0\u00bb n\u2019est pas le \u00ab\u00a0m\u00e9tier\u00a0\u00bb\u00a0; et bien que de nombreux articles de qualit\u00e9 aient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits sur la question, la confusion demeure all\u00e8grement commise dans beaucoup d\u2019\u00e9crits professionnels. Si la profession r\u00e9pond \u00e0 une commande sociale r\u00e9gie par des textes de nature et de statuts diff\u00e9rents (d\u00e9crets de dipl\u00f4mes, arr\u00eat\u00e9 de formation, conventions collectives, code de la famille, code du travail, etc.), le m\u00e9tier est en revanche la mani\u00e8re toute subjective, et donc propre \u00e0 chacun, de s\u2019engager et de se positionner (posture) dans une profession choisie au regard des objectifs per\u00e7us. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant alors que les professions puissent disparaitre ou \u00e9voluer tandis que les m\u00e9tiers subsistent et se r\u00e9incarnent. Un processus qui se remarque d\u2019autant plus dans un contexte de crise de civilisation dont, comme j\u2019ai pu l\u2019\u00e9voquer ci-dessus, chacun est \u00e0 la fois le t\u00e9moin (nul ne choisit l\u2019\u00e9poque au sein de laquelle il prend place) et l&rsquo;acteur (en revanche, il lui appartient de donner un sens \u00e0 sa pr\u00e9sence en celle-ci). Il y a crise de civilisation d\u00e8s lors que l\u2019humanit\u00e9 est confront\u00e9e \u00e0 devoir red\u00e9finir et se r\u00e9approprier son rapport \u00e0 l\u2019espace et au temps. Tandis que le premier, le rapport \u00e0 l\u2019espace (l\u2019environnement), longtemps \u00e9labor\u00e9 selon le mod\u00e8le d\u2019une strat\u00e9gie de conqu\u00eate se d\u00e9place vers une strat\u00e9gie d\u2019alliance, le second, le rapport au temps, doit composer quant \u00e0 lui avec un \u00e9cart de plus en plus prononc\u00e9 entre la mesure du temps commun et celle du temps propre. Cette crise de civilisation place les m\u00e9tiers de l\u2019humain en premi\u00e8re ligne d\u2019un m\u00eame mouvement de recomposition d\u00e8s lors que l\u2019espace et le temps sont les deux mat\u00e9riaux soit de la construction du sujet (lorsque son inscription dans la trajectoire du grandir se passe favorablement) soit de la clinique du sujet (lorsque la trajectoire du grandir est impact\u00e9 par des \u00e9v\u00e9nements de nature traumatique).<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, que faut-il transmettre lorsque, professionnel, enseignants et formateur d\u2019\u00e9cole ou de terrain, chacun se trouve confront\u00e9 \u00e0 ce paradoxe selon lequel \u00ab\u00a0tout bouge dans les professions et rien ne bouge dans les m\u00e9tiers\u00a0\u00bb\u00a0? Ce paradoxe est une illustration de la d\u00e9marche dialogique au c\u0153ur de la pens\u00e9e complexe qui exige que non seulement le \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb ne soient plus appr\u00e9hend\u00e9s dans un rapport d\u2019exclusion de l\u2019un par l\u2019autre, mais qu\u2019ils transcendent tout d\u00e9marche dialectique afin d\u2019\u0153uvrer de concert. Le tout et le rien combinent ensemble le rapport du professionnel \u00e0 son m\u00e9tier. Tout bouge dans les professions d\u00e8s lors qu\u2019interviennent de fa\u00e7on irr\u00e9m\u00e9diable trois param\u00e8tres pesant sur l\u2019\u00e9volution des pratiques\u00a0: la mesure de l\u2019efficacit\u00e9 des politiques publiques, l\u2019actualisation du caract\u00e8re universel des droits fondamentaux de tout homme, le changement de paradigme des politiques sociales privil\u00e9giant \u00ab\u00a0l\u2019opportunit\u00e9 saisie\u00a0\u00bb \u00e0 la \u00ab\u00a0place assign\u00e9e\u00a0\u00bb. Rien ne bouge en revanche du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9tiers de l\u2019humain d\u00e8s lors que, loin de s\u2019en tenir \u00e0 des propos d\u00e9claratifs \u00e0 propos de l\u2019humanisme, il est rappel\u00e9 que celui-ci n\u2019est pas une donn\u00e9e de la nature mais bel et bien un projet politique (c\u2019est-\u00e0-dire une vision de l\u2019homme et de sa place dans les soci\u00e9t\u00e9s), que celui-ci est un pari sur les possibles (il y a toujours un \u00eatre au-del\u00e0 de la mise en sc\u00e8ne du para\u00eetre et de ses sympt\u00f4mes), et, enfin, que celui-ci, l\u2019humanisme, est un appel \u00e0 \u00ab\u00a0y croire\u00a0\u00bb postulant le caract\u00e8re ind\u00e9fectible de la curabilit\u00e9, de l\u2019\u00e9ducabilit\u00e9, de la perfectibilit\u00e9 de chaque \u00eatre.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu de tout ce discours, certes parcouru \u00e0 grands traits, est bien entendu la pr\u00e9servation de l\u2019avenir des m\u00e9tiers de l\u2019humain. Ce dernier passe, dans un premier temps, par la n\u00e9cessit\u00e9 faite aux professionnels de gagner la bataille des mots et du temps. Gagner la bataille du temps c\u2019est un triple engagement\u00a0: c\u2019est, premi\u00e8rement, de savoir maintenir les m\u00e9tiers dans leur histoire (alors que ces derniers font trop souvent des histoires \u00e0 d\u00e9faut de se hisser \u00e0 la hauteur d\u2019une histoire, celle en l\u2019occurrence qui fait l\u2019humain de l\u2019homme). C\u2019est, deuxi\u00e8mement, de savoir r\u00e9articuler en chaque personne accompagn\u00e9e le temps de la naissance au monde et le temps de la naissance \u00e0 soi-m\u00eame (\u00ab\u00a0il ne suffit pas de na\u00eetre pour \u00eatre\u00a0\u00bb \u00e9tant l\u2019une de ces trois v\u00e9rit\u00e9s fondatrices d\u2019une possible science de l\u2019\u00e9ducation que j\u2019ai \u00e9nonc\u00e9es dans <a href=\"https:\/\/www.lien-social.com\/La-relation-educative\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>La relation \u00e9ducative<\/em><\/a>). C\u2019est, troisi\u00e8mement, savoir argumenter la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019inscrire la relation d\u2019aide sociale, \u00e9ducative et de soin dans le temps long (et donc batailler ferme contre la pathologie de l\u2019urgence caract\u00e9ristique de la postmodernit\u00e9). De la m\u00eame mani\u00e8re, gagner la bataille des mots requiert un triple engagement de la part des acteurs des m\u00e9tiers de l\u2019humain\u00a0: le premier consiste \u00e0 sortir les m\u00e9tiers de l\u2019humain du discours jargonnant dans lequel trop souvent ils sont englu\u00e9s. Le second commande d\u2019accueillir les m\u00e9tiers de l\u2019humain comme \u00e9tant des m\u00e9tiers de parole autant que de savoir-faire. Enfin, le troisi\u00e8me engagement exige de prendre le temps de fonder une grammaire et un vocabulaire qui soient propres aux m\u00e9tiers de l\u2019humain. A cette fin, je propose d\u2019adopter une m\u00e9thode qui, prax\u00e9ologique bien plus que th\u00e9orique, balise le parcours de professionnalisation en trois \u00e9tapes organis\u00e9es \u00e0 partir de trois couples de d\u00e9terminant\u00a0: l\u2019accueil\/le diagnostic, la rencontre\/le pronostic, la pr\u00e9sence\/la strat\u00e9gie. L\u2019accueil, ce n\u2019est pas la rencontre, laquelle surgit bien plus tard. L\u2019accueil, c\u2019est le temps, aussi long que n\u00e9cessaire, o\u00f9 les personnes se cherchent ou se \u00ab\u00a0testent\u00a0\u00bb comme disent souvent les professionnels. Il est une phase d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un vivre ensemble s\u00e9curis\u00e9 permettant ainsi l\u2019\u00e9mergence d\u2019un diagnostic partag\u00e9. Vient alors la rencontre. C\u2019est le temps o\u00f9 la personne se confie et o\u00f9, par cons\u00e9quent, se rend visible la confiance. C\u2019est le temps o\u00f9 la personne accompagn\u00e9e donne \u00e0 voir et \u00e0 entendre un au-del\u00e0 d\u2019elle-m\u00eame jusqu\u2019alors dissimul\u00e9 par le sympt\u00f4me. C\u2019est le temps o\u00f9, avec l\u2019appui du professionnel, \u00e9merge le possible. Pour tout cela, la rencontre est le temps du pronostic. Enfin, la troisi\u00e8me \u00e9tape est celle de la pr\u00e9sence. C\u2019est le temps o\u00f9 \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb tient face aux r\u00e9sistances et aux obstacles immanquables. C\u2019est le temps de la mise en \u0153uvre du projet de la personne. Et c\u2019est le temps o\u00f9, comme je le d\u00e9finis dans <a href=\"https:\/\/www.editions-eres.com\/ouvrage\/3856\/oser-le-verbe-aimer-en-education-specialisee\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Oser le verbe aimer en \u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e<\/em><\/a>, se rend palpable le \u00ab\u00a0point d\u2019inflexion\u00a0\u00bb dans la trajectoire de la personne accompagn\u00e9e. Pour toutes ces raisons, le temps de la pr\u00e9sence est celui de la strat\u00e9gie.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un r\u00e9sum\u00e9 d\u2019\u00e9tape, comme disent les journalistes du <em>Tour de France<\/em>. Chaque paragraphe \u00e9nonc\u00e9 exigeant un d\u00e9veloppement plus cons\u00e9quent\u2026<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce jeudi 13 septembre, \u00e0 la demande de Dimitri Anzules et d\u2019Olivier Tejerina, j\u2019\u00e9tais invit\u00e9 \u00e0 la HES-SO de Gen\u00e8ve dans le cadre d\u2019une conf\u00e9rence de cl\u00f4ture de la formation 2018 des formateurs et formatrices de terrain aux m\u00e9tiers de la sant\u00e9 et du travail social. 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