Education spécialisée : gagner la bataille des mots et du temps

Education spécialisée : gagner la bataille des mots et du temps

 

Il faut féliciter les dirigeants de l’ANPF et les organisateurs de ces 26e journées d’étude intitulées « je t’aime de tout mon care ».  La qualité de l’accueil, la disponibilité des personnes ressources et le soin apporté aux repas ont participé à la réussite de ces journées d’étude autant que les interventions, nombreuses et de qualité.  Prendre le temps de souligner ces petits riens du quotidien dont il sera maintes fois faits mention dans les discours n’est pas inutile au moment où les associations surfent sur le fil rouge de leur survie budgétaire. Ajoutons que la pertinence des discours introductifs du maire de Nancy et de la vice-présidente du département de Moselle ont confirmé le fait que  Nancy fait partie des ces villes de France reconnues par l’UNICEF comme Ville amie des enfants.

Un grand coup de chapeau aux plus de 500 professionnels présents attentifs aux discours, pas toujours évidents à saisir dans leurs contenus et surtout dans leur rapide enchaînement. Et s’il fut bien question de professionnalisation, il ne s’est pas agi d’un vain mot. Bien au contraire ! Ces deux journées furent une traduction du désir des professionnels de renforcer leur pratique, pas seulement pour souscrire aux critères des démarches qualités, mais pour performer la qualité de l’accueil et de l’accompagnement des enfants confiés aux services de placement familiaux.

La journée de jeudi a placé la focale sur les notions de « care » et d’ « amour » avec le souci de faire le lien vers leurs fondements juridiques et conceptuels. La parole étant régulièrement donnée à la salle, la densité des témoignages et les tensions affleurant à même les mots prononcés montrèrent que l’enjeu de ces journées d’étude était bien là, dans l’usage de ces deux termes « care » et « amour » . En effet, depuis les années 70, un discours dominant appelle les professionnels à ne pas mêler le personnel et le professionnel, à tenir les affects à l’écart de la relation et à adopter cette « putain » de juste distance qui ne veut absolument rien dire sauf à signer la mort des métiers de l’humain. Les professionnels présents ont donc pu se sentir soulagés, confortés et encouragés pour beaucoup dans leurs pratiques à entendre argumenter, ce qui pour eux est depuis toujours une évidence, que la présence émotionnelle de l’Accompagnant Familial ou de l’éducateur est une dimension incontournable de la relation d’aide éducative et de soin. Pour autant, il fut précisé aussi qu’il n’y a rien de naturel dans le fait d’aimer un enfant, tant pour les parents que pour les professionnels ; l’accès à cette dimension du lien, en apparence évidente, requiert de fait des éléments de formation professionnelle et de cadrage institutionnel.

La deuxième journée a permis d’insister sur le fait que les métiers de l’humain sont des métiers de parole ; ce qui ne veut pas dire qu’ils brassent du vent. Bien au contraire! Ce sont des métiers où la parole compte autant que les actes. Tous les professionnels connaissent le poids des mots et la valeur des paroles engagées, et sans doute que pour sauver les métiers de l’humain il va falloir gagner la bataille des mots et du temps. Pour cela, le premier enjeu est de permettre aux professionnels de s’approprier un vocabulaire à la fois riche et précis susceptible de permettre au lecteur non averti d’accéder à la complexité d’une pratique trop souvent réduite à la banalité des actes produits. Et le second enjeu est de gagner la bataille du temps. Dans les écarts qui se creusent entre le discours technocratique et la parole clinique, la querelle engagée ne concerne pas seulement des aspects budgétaires et leurs conséquences sur le fonctionnement mais aussi, et de façon plus sournoise sans doute, une appréhension radicalement différente du temps. Le temps des technocrates étant de plus en plus court, celui-ci heurte de plus en plus violemment le temps forcément long de la clinique.

Les textes des interventions ayant été fournis en amont à fin de publication des actes, ma prise de parole à l’orale a fait l’objet d’un discours plus libre organisé autour de deux temps et de six balises ANPF 26e journée d’étude intervention orale P. Gaberan

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