Qualiopi… pour le meilleur et pour le pire!

Qualiopi… pour le meilleur et pour le pire!

Soyons clairs… L’obligation faite à l’article 6 de la loi du 5 septembre 2018, dite loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, de reconnaître et d’imposer un référentiel national unique de qualité pour l’ensemble des organismes de formation, quels que soient leurs domaines d’activité, est sans aucun doute une très bonne décision politique. Parce que, sous une apparente uniformisation, une appropriation intelligente du processus de labellisation permet de respecter et de valoriser les singularités de chaque organisme ; sous l’homogénéité persiste la diversité, et c’est là une stratégie de bon sens allant à rebours des mécanismes de regroupement, concentration, absorption ou fusion soutenus ces trente dernières années.  Il y a de la place pour tout le monde, petit ou gros, spécialiste ou généraliste, dès lors que les effets de concurrence sont loyalement bornés par des institutions stables. Toutefois, comme toute décision politique et tout choix stratégique, ce référentiel unique de qualité comporte sa part d’ombre qu’il faudra apprendre à ne pas négliger. L’expérience acquise dans l’accompagnement des éditions érès, d’abord dans la mise en place d’un département de formations dont le principal objectif vise à combiner le renouvellement des connaissances et l’évolution des compétences dans les métiers de l’humain, ensuite dans l’obtention du label Qualiopi, permet de revenir sur l’envers et le revers de la médaille ainsi obtenue.  

Pour le meilleur….

Face à une succession de crises politiques, économiques, sociétales et, enfin, sanitaires majeures, lesquelles sont comme autant de symptômes d’un basculement de civilisation, cette ultime réforme de la formation professionnelle à l’avantage de pousser en avant la réflexion sur ce que « être en formation veut dire » ; elle force à questionner le « pourquoi être en formation ? » autant que le « comment être en formation ? ». De s’intéresser à l’essence avant que d’appréhender la substance. Au-delà de toute naïveté, oser déclarer possible de « choisir son avenir professionnel » est un rappel sans concession à la dimension humaniste d’un devenir humain ; elle ramène la focale sur le « sujet » en construction ou en devenir, là où ces dernières années la préoccupation portait surtout sur les processus organisationnels et les attendus de production. Le fait que la certification Qualiopi ne soit pas seulement un processus déclaratif (à l’instar de Datadock) mais aussi, et peut-être surtout, une démarche soumise à « audits » (d’abord préliminaire, puis de suivi, et enfin de renouvellement)  contraint les postulants au label à questionner les ressorts didactiques et pédagogiques qui sous-tendent le choix des contenus, le type de progression, les modalités d’appropriation et d’évaluation des savoirs partagés. Revisiter les formations effectuées, requestionner en quoi telle ou telle séquence offre une possibilité de se déplacer dans les représentations ou habitudes acquises afin d’évoluer dans sa posture professionnelle, sont autant de biais pour instruire un autre rapport à l’espace et au temps : il ne s’agit plus seulement d’avoir une formation mais d’être en formation.  Une telle transition, de l’avoir vers l’être, va exiger de la ténacité et des efforts ; elle est le véritable enjeu de cette crise de civilisation.

… et pour le pire

Il est évident que le souci de « devoir faire la preuve » peut conduire à des conduites décalées et/ou artificielles. Cela commence par le simple geste de renseigner et de signer la fiche d’attestation de présence : combien de fois n’ai-je pas été tenté et amené à la faire signer aux participants présents dans les quelques minutes d’attente des retardataires ? C’est-à-dire avant que tout commence, et notamment que le tout commence par une salutation à tous, par une présentation de chacun et de la séquence…. De l’acte rendu obligatoire à l’acte volontairement consenti, il y a déjà l’amorce d’un déplacement, certes minime mais non anodin. De la même manière, il peut être extrêmement pertinent de chercher à connaître l’état des savoirs théoriques et pratiques au tout début voir en amont de la session de formation. Un tour de table des présentations, pour peu qu’il ne se résume pas à la déclinaison par chacun de ses seuls nom et prénom, était un moyen assez sympathique et vivant pour explorer l’état des motivations et des acquis… au risque, et cela m’est arrivé, qu’il prenne trop de temps et chamboule totalement le contenu dans son déroulé. Le brain-storming ou la « tempête dans le cerveau » pour plagier les auteurs d’Astérix (La galère d’Obélix, 1996, p.7) était lui aussi un moyen simple et efficace, dès lors que les attendus de celui-ci étaient visualisés en amont par l’intervenant. L’investigation par un questionnaire, afin d’assurer une traçabilité voire de capitaliser les questions et les réponses d’une session à l’autre, est, quant à elle, potentiellement plus « efficace » mais vécue comme plus « intrusive » aussi. De même que le bilan de fin de formation, jusqu’alors communément mis en œuvre de façon fort sympathique à chaud et par oral en fin de formation, rencontre des exigences nouvelles dès lors que la formalisation de la démarche qualité porte une vigilance particulière sur l’évaluation des acquis en fin de formation. Là encore, le souci de la preuve ne doit céder ni à la tentation d’un calcul absurde (bénéfice de la formation = somme des savoirs après la formation – somme des savoirs avant la formation) ni au modèle traumatique connu à l’école d’un « contrôle » de la leçon dispensée.

Dans le champ de la formation initiale ou continue, Qualiopi ne réinvente pas le fil à couper le beurre mais procure le sentiment de redonner toute sa place à la didactique et à la pédagogie. Après les querelles stériles des années 90, où les pédagogues furent violemment accusés de privilégier les processus d’apprentissages au détriment des contenus de savoir et de saper le niveau d’exigence (se rappeler de la violence des propos de Alain Finkelkraut à l’égard de Philippe Meirieu tenus à la Une du journal Le Monde), où les sciences de l’éducation furent allègrement raillées, … l’ère qui s’ouvre adopte des teintes bien plus sympathiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.